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De la crise de 1929 à la guerre - Aux origines du fascisme français

https://archive.is/Py29H Le Bolchévik nº 218 Décembre 2016
Deuxième partie
Nous avons publié dans le Bolchévik n° 217 la première partie de l’exposé fait par la camarade Melanie Kelly lors d’une réunion interne de la LTF en juin 2016. Dans cette première partie, qui s’appuyait, entre autres, sur les livres de Zeev Sternhell et Robert Soucy, elle a montré comment la première vague du fascisme français s’était développée après la Première Guerre mondiale. Inquiète de l’agitation ouvrière qui se développait et hantée par la Révolution russe de 1917, une partie de la bourgeoisie française craignait des troubles révolutionnaires tels que ceux qu’avaient vécus l’Allemagne ou l’Italie. Elle avait financé et encouragé le développement d’organisations fascistes dont le but était fondamentalement de briser le mouvement ouvrier organisé. Cette première vague de fascisme allait culminer durant les deux ans du gouvernement du Cartel des gauches (1924-1926). Mais, ayant réussi à stabiliser la situation, la bourgeoisie n’eut pas besoin d’y recourir et, avec la fin du Cartel, le financement se tarit et ces organisations périclitèrent.
Nous publions ci-dessous la deuxième partie de cet exposé, centrée sur les années 1930, revue pour publication.
Dans son livre le Fascisme français 1924-1933, Soucy fournit quelques explications supplémentaires sur l’échec de la première vague de fascisme en France. Après la Première Guerre mondiale, la menace révolutionnaire était plus faible qu’en Italie et en Allemagne, et le taux de syndicalisation plus bas. Le pacifisme attirait beaucoup plus que le militarisme. A ce moment une grande partie de la petite bourgeoisie est restée loyale envers le Parti radical.
La crise de 1929 toucha durement la France (avec un léger temps de retard) comme le reste de l’Europe. La convertibilité de la livre sterling en or fut suspendue en 1931 et l’économie mondiale s’enfonça dans une crise sans précédent qui allait aboutir à la Deuxième Guerre mondiale. Cette crise fut un facteur important dans le développement des nazis en Allemagne. Ceux-ci mobilisaient avec un succès croissant la petite bourgeoisie, ruinée et enragée par la crise, pour détruire le mouvement ouvrier organisé. Face à cette menace mortelle pour les travailleurs, la situation exigeait une offensive unie des organisations ouvrières contre les nazis. C’est ce que proposa Trotsky à plusieurs reprises, demandant que le Parti communiste allemand (KPD) mette en pratique la politique de front unique qui avait été introduite par l’Internationale communiste en 1921. Pour Trotsky, qui luttait à l’époque pour redresser l’Internationale communiste, le KPD devait proposer aux sociaux-démocrates du SPD de mobiliser en masse la classe ouvrière dans une offensive commune pour stopper les fascistes, ce qui renforcerait l’influence du KPD sur des couches de plus en plus larges du prolétariat et des opprimés et servirait de tremplin à une lutte de plus en plus audacieuse pour la révolution prolétarienne.
Les dirigeants sociaux-démocrates, plutôt que d’armer et de mobiliser la classe ouvrière pour écraser les fascistes, fuirent la lutte et pavèrent la voie aux fascistes en réprimant les communistes et en capitulant devant la bourgeoisie. Si le KPD avait proposé un tel front unique, les dirigeants du SPD se seraient retrouvés devant un dilemme : soit ils acceptaient, et la menace fasciste était balayée et la voie de la révolution ouvrière s’ouvrait ; soit ils refusaient, leur trahison était démasquée devant leur base, et la mobilisation révolutionnaire des travailleurs aurait alors été aidée par la démonstration dans la lutte que les communistes sont la seule direction conséquente de la classe ouvrière.
Mais la bureaucratie stalinienne (et le KPD) à l’époque considérait les partis réformistes sociaux-démocrates comme des « sociaux-fascistes » ( socialistes en parole, fascistes en acte ), estimait que la tactique de front unique, telle qu’elle avait été définie par Lénine et Trotsky en 1921, ne s’appliquait pas. La politique adoptée par les staliniens renvoyait en pratique les ouvriers sociaux-démocrates derrière leur direction traître, et escamotait le fait que les ouvriers organisés par la social-démocratie seraient aussi écrasés par les fascistes.
Cette politique sectaire des dirigeants du KPD, liée à la politique de capitulation des dirigeants du SPD, permit la prise du pouvoir par Hitler sans pratiquement qu’un seul coup de feu ne soit tiré. Et bientôt militants et dirigeants du KPD et du SPD remplirent les premiers camps de concentration.
Face à la catastrophe que représentait la prise du pouvoir par les nazis en 1933, et en l’absence de toute discussion ou réaction dans le KPD et dans l’Internationale communiste, Trotsky en conclut qu’il n’était plus possible de redresser celle-ci et qu’il fallait combattre pour une nouvelle internationale révolutionnaire, la Quatrième Internationale.
Le 6 Février 1934
Revenons à la France. La crise financière mondiale qui a nourri les nazis frappe aussi le pays. Le chômage y explose, passant en moins de deux ans de 2 % à plus de 15 %. Si la crise économique est très dure, elle n’est pas aussi sévère qu’en Allemagne et en Italie où l’industrialisation a été plus intense. Par exemple le taux de chômage reste moins élevé qu’en Allemagne où il avait grimpé à 44 %. Si en France les forts liens entre les villes et les campagnes atténuent l’impact de la crise, celle-ci fait tomber le gouvernement Laval et un nouveau Cartel des gauches revient au pouvoir en 1932. La SFIO (le Parti socialiste) ne fait pas partie du gouvernement, les Radicaux refusant leurs revendications – nationalisation des monopoles, un système national d’assurance contre le chômage et contre les aléas agricoles. Avec le nouveau gouvernement de gauche, la deuxième vague de fascisme se forme avec la fondation de Solidarité française en 1933, puis du Parti populaire français (PPF) en 1936.
Dans cette période de « contre-réformes économiques et politiques » et de « décomposition du système capitaliste », comme l’écrivait Trotsky, les gouvernements tombent les uns après les autres. La droite se met à exiger à grands cris une nouvelle constitution bonapartiste afin de réduire le pouvoir du parlement – pour mieux contrôler la classe ouvrière. Le 6 Février 1934 arrive dans ce contexte, exacerbé par l’affaire de fraude et de corruption de Stavisky. Le détonateur est la tentative du président du Conseil Daladier de remplacer par un socialiste le préfet de Paris, Chiappe (connu pour sa répression anti-ouvrière). En réponse, l’Action française appelle à une manifestation de masse, les autres mouvements fascistes et les ligues d’anciens combattants se joignant à l’appel. Le colonel de La Rocque revendique « un gouvernement propre sans aucun politicien quel qu’il soit » et la destruction de ce « gouvernement à la solde du drapeau rouge » qui « essaie de nous réduire à l’esclavage ». Au total il y a environ 40 000 manifestants mobilisés, en partie armés, dont l’objectif est la Chambre des députés. Il y a 16 morts parmi les fascistes et un policier est tué. C’est le plus sanglant affrontement dans Paris depuis la Commune.
Le PC organise le 9 février une contre-manifestation qui est brutalement réprimée – les flics tuent six ouvriers. La CGT appelle à une grève générale pour le 12 février et quatre millions d’ouvriers y participent. Pour la première fois depuis des années, des ouvriers socialistes et communistes marchent côte à côte. Daladier est remplacé par un gouvernement d’union nationale présidé par Doumergue, qui regroupe les principales figures de la droite parlementaire. Tout de suite Chiappe est renommé. Non seulement il est responsable de la police de Paris, mais il devient ministre de l’Intérieur. Pétain devient ministre de la Guerre.
Trotsky écrit sur le 6 Février que « les fascistes ont tiré […] sur l’ordre direct de la Bourse, des banques et des trusts. De ces mêmes positions de commande, Daladier a été sommé de remettre le pouvoir à Doumergue. Et si le ministre radical, président du Conseil, a capitulé – avec la pusillanimité qui caractérise les radicaux – c’est parce qu’il a reconnu dans les bandes [fascistes] de De La Rocque les troupes de son propre patron » (« La France à un tournant »).
Les écrits de Trotsky sur la France pendant cette période expliquent remarquablement les dangers et comment la seule issue à la dictature du capital est la révolution prolétarienne sous la direction d’un parti révolutionnaire. Il explique qu’avec le 6 Février la première étape pour aller de la démocratie au fascisme est franchie.
Il explique avec pédagogie le rôle de la petite bourgeoisie qui, conformément à sa situation économique, ne peut avoir de politique indépendante et oscille entre les deux classes fondamentales:
« Les fascistes montrent de l’audace, descendent dans la rue, s’attaquent à la police, tentent par la force de chasser le Parlement. Cela en impose au petit bourgeois tombé dans le désespoir. Il se dit : “Les radicaux, parmi lesquels il y a trop de coquins, se sont vendus définitivement aux banquiers ; les socialistes promettent depuis longtemps d’anéantir l’exploitation, mais ils ne passent jamais des paroles aux actes ; les communistes, on ne peut rien y comprendre : aujourd’hui c’est une chose, demain c’en est une autre ; il faut voir si les fascistes ne peuvent pas apporter le salut”. »
– « Où va la France ? »
Trotsky argumente que le prolétariat doit conquérir la confiance de la petite bourgeoisie selon le modèle de la Révolution russe, et que c’est seulement par l’expropriation des banques, des grandes entreprises, des industries clés, par un monopole du commerce extérieur, etc., qu’il est possible de venir en aide au paysan et au petit commerçant : « Et, pour cela, il [le prolétariat] doit avoir lui-même confiance en sa force. Il lui faut avoir un clair programme d’action et être prêt à lutter pour le pouvoir par tous les moyens possibles. » Fondamentalement, la lutte contre le fascisme exige un programme révolutionnaire pour contrer l’attrait du fascisme pour la petite bourgeoisie.
Le Front populaire
Avec le triomphe de Hitler et les menaces d’attaque impérialiste, la bureaucratie soviétique opère un tournant à 180°. Elle cherche à rassurer les puissances impérialistes « démocratiques » en réfrénant de façon calculée les mouvements révolutionnaires prolétariens en Europe. Et, sous couvert de lutter contre le fascisme, l’Internationale communiste demande que les PC fassent des alliances non seulement avec les sociaux-démocrates, mais aussi avec la bourgeoisie « anti-fasciste », allant jusqu’à participer à ses gouvernements. Pour les staliniens, le principal danger menaçant la classe ouvrière est devenu le fascisme, et pour eux le choix qui s’offre désormais au prolétariat n’est plus entre dictature du prolétariat et dictature de la bourgeoisie (sous toutes ses formes) mais entre démocratie bourgeoise et fascisme. La révolution socialiste n’est plus à l’ordre du jour. La signature du pacte Laval-Staline, un pacte d’assistance militaire franco-soviétique, est le signe de cette nouvelle ligne : le jour même, le PCF franchit le Rubicon, accordant son soutien à la « défense nationale » de l’impérialisme français et annonçant son vote pour les crédits militaires. Cela consacre le passage définitif du PCF au réformisme. Les effets dévastateurs de ce tournant amenant les PC à soutenir ou participer au gouvernement avec des partis bourgeois vont être mis en évidence en France pendant les grèves de juin 1936 sous le Front populaire : le PCF va signer avec la SFIO et les Radicaux un programme commun au nom duquel il va casser la grève générale après avoir obtenu de maigres concessions.
Trotsky met en garde le prolétariat qu’une alliance parlementaire avec les radicaux va « pousser la petite bourgeoisie dans les bras du fascisme ». Il accuse le PC de s’être jeté à droite en réaction au 6 Février, conformément à la diplomatie soviétique. Trotsky décrit le Front populaire comme une « compagnie d’assurance de banqueroutiers radicaux aux frais du capital des organisations ouvrières » (« La France à un tournant »). Contre le Front populaire, Trotsky invoque la règle du front unique selon le bolchévisme, « marcher séparément, frapper ensemble ! », qui est devenu avec les staliniens : « Marcher ensemble pour être battu séparément. »
La Solidarité française
Je reviens aux mouvements fascistes des années 1930 qui poussent comme des champignons à cette époque. En 1933 François Coty, millionnaire antijuif, lance la Solidarité française. Il met Jean Renaud, un ancien officier, à sa tête. Rapidement, les flics annoncent des effectifs de 180 000 militants. Ils participent aux émeutes du 6 Février.
Comme pour les autres organisations fascistes, la direction vient des classes supérieures et la base de la petite bourgeoisie. La Solidarité française exclut les étrangers et les Juifs mais elle cherche à recruter quelques ouvriers maghrébins pour compléter ses milices en exploitant les décrets Crémieux de 1870 qui avaient accordé d’office la citoyenneté française aux « israélites indigènes » d’Algérie alors que les « indigènes musulmans » devaient en faire la demande à l’âge de 21 ans et de plus renoncer volontairement à la charia. Son programme est similaire à celui des autres fascistes. La Solidarité française est pour l’expulsion de tous les immigrés juifs et pour renvoyer tous les ouvriers étrangers, sauf dans les services essentiels ; et bien sûr la question coloniale est importante. Taittinger appelle à imprégner du lait des conquistadors les bébés de la nation. Renaud a un langage un peu moins fleuri mais il insiste que les colonies doivent fournir les matières premières pour que les Français puissent vivre correctement.
Là aussi, dans les affrontements entre le PC et la Solidarité française, c’est souvent le PC qui écrase les fascistes. Par exemple, après le 6 Février, le PC attaque un meeting de la Solidarité française à Montreuil. Des centaines de communistes dispersent avec succès le meeting, les militants de la Solidarité française devant ensuite être escortés au métro par les flics. Fin 1933 Coty perd une partie importante de sa fortune, il doit vendre l’Ami du peuple dans les bureaux duquel la Solidarité française était installée. Bientôt son mouvement se désagrège sous l’effet de dissensions intestines.
Les Croix de Feu
Les Croix de Feu sont fondées en 1928, là aussi avec l’assistance de Coty, d’abord comme une organisation d’anciens combattants. Puis de La Rocque cherche un soutien de masse pour barrer la route au communisme. De La Rocque est issu d’une famille aristocratique, le fils d’un général. Il était en Pologne en 1920 avec Pilsudski pour combattre l’Armée rouge soviétique, puis au Maroc lors de la rébellion du Rif en 1924. Les effectifs progressent vite dans le contexte de la crise – de 5 000 membres en 1929 à 500 000 au début de 1936. Ils ont recruté après le 6 Février 1934 et encore plus après l’élection du Front populaire.
C’est une organisation militaire avec de La Rocque comme grand chef. Ses troupes s’appellent les « dispos ». Les financiers sont les mêmes – Coty, Tardieu, la Banque de France, quelques aristocrates, les patrons des chemins de fer et la Compagnie générale d’électricité dont de La Rocque est directeur. De Wendel et le Comité des forges la soutiennent aussi après 1934. L’ex-Premier ministre Tardieu a avoué que son gouvernement a aussi soutenu financièrement de La Rocque.
A l’été 1936, les Croix de Feu sont interdites et de La Rocque crée le Parti social français (PSF). De La Rocque nie que son organisation est fasciste et il affirme qu’elle est républicaine. En même temps, il présente les Croix de Feu comme la future armée blanche et salue les efforts de Mussolini et de Hitler pour écraser le bolchévisme.
Un des arguments pour justifier que de La Rocque et les Croix de Feu n’étaient pas fascistes est sa soi-disant modération sur la question juive. En réalité de La Rocque était profondément antijuif mais au début des années 1930, comme Taittinger et Valois, il cherchait à apaiser ses soutiens juifs. Le 14 juin 1936 le grand rabbin de France, Jacob Kaplan, organise un service religieux à la synagogue de la rue de la Victoire pour commémorer le patriotisme des soldats juifs tombés lors de la Première Guerre mondiale. De La Rocque arrive avec un membre de la famille Rothschild, et le service religieux est considéré comme un agrément donné aux Croix de Feu par le Consistoire juif de Paris. De nombreux bourgeois juifs craignent sans doute à ce moment davantage les occupations d’usines que les fascistes.
Dans les années 1930, les Croix de Feu deviennent de plus en plus antijuives, particulièrement en Alsace, un de leurs bastions. Leur journal local publie une caricature de Blum portant un uniforme nazi avec une étoile de David à la place de la croix gammée. Les affiches du PSF pour les élections en 1936 disent « Le Juif tue vos parents ». En Algérie, où de La Rocque a dû faire concurrence à Doriot pour gagner les colons, son organisation sue également la haine antijuive et multiplie les provocations. Dès 1941 sous Vichy, il affirme que les Juifs sont la principale source de corruption et qu’ils sont en train de « déchristianiser » la France.
Sous Vichy, de La Rocque abandonne ses prétentions républicaines. Il glorifie la noblesse de l’ancien régime et réclame une répression sans pitié contre ceux qui s’opposent à Pétain – les Juifs et les marxistes notamment.
Le PPF
Le dernier groupe fasciste important est le Parti populaire français de Jacques Doriot. C’est encore le grand exemple donné par Sternhell et d’autres idéologues bourgeois pour affirmer que le fascisme en France serait « de gauche » à l’origine. Pour Soucy, Doriot était surtout un opportuniste qui avait vu ses ambitions de devenir le grand dirigeant du PC contrecarrées par Thorez puis par Moscou.
Dès l’âge de 17 ans Doriot travaille comme métallurgiste à Saint-Denis, et il adhère au PC à 22 ans. Très vite il grimpe les échelons du parti et devient responsable de la jeunesse et membre du comité central en 1924. Après la mort de Lénine, il se rallie à Trotsky puis à Zinoviev et finalement à Staline. En 1931, Doriot devient maire de Saint-Denis, qui devient un bastion du PC et également son fief personnel. Il est le seul candidat communiste élu au premier tour lors des législatives de 1932. Il profite de ce succès pour se rendre à Moscou et dresser un bilan sévère de l’état du parti. Il met alors en valeur sa réussite personnelle afin d’obtenir la direction de toute la région parisienne, qui représente le tiers des effectifs du PC. Mais le Comintern ne lui donne pas satisfaction.
En 1934 il est accusé de préparer une scission sur une ligne de « front unique » (en fait de « front populaire »), ligne qui sera adoptée par le parti quelques semaines plus tard au moment où Doriot est exclu. Cette exclusion provoque chez Doriot un déchirement et une soif de vengeance. Il se présente aux élections de juin 1936 et est réélu mais cette fois-ci, c’est avec les voix du centre et de la droite. Pendant les grèves de 1936 sa mairie fournit aux grévistes des repas, mais il accuse le PC de chercher à fomenter une révolution. Six mois plus tard il dénonce les grèves comme une trahison envers la collaboration de classes.
Le PPF est lancé en 1936 à l’initiative de Gabriel Leroy Ladurie, représentant de la banque Worms qui cherche à construire un mouvement de masse pour briser le Front populaire. Plus tard, Pierre Pucheu (futur ministre des flics sous Vichy et responsable de la mort d’innombrables militants communistes) représente Worms et le Comité des forges au comité central du PPF. En 1936 il y a un certain nombre d’anciens du PC dans la direction – des hommes ayant rompu tout lien avec les intérêts de la classe ouvrière. Dès 1937 cette racaille se place au service des magnats, des millionnaires, etc. Le nouvel hymne du parti s’appelle « France, libère-toi ». C’est Joseph Darnand qui dirige les groupes de combat du PPF. Darnand deviendra sous Vichy chef de la Milice et responsable de la traque des résistants et des Juifs. Le PPF est le seul groupe qui, grâce à ses voyous et à ses relations avec la pègre à Marseille, repousse avec une certaine efficacité les attaques de ses meetings par le PC. En conséquence les capitalistes – banquiers, industriels de l’automobile ou des mines, etc. – s’empressent de le soutenir.
Les tentatives du PPF pour gagner la classe ouvrière sont un échec. En 1938 un rapport de la fédération du PPF de Renault explique : « Nous avons réalisé l’unanimité contre nous. » Pour 400 membres du PPF, il y avait 7 500 membres de cellules communistes. Le PPF a une petite base ouvrière et populaire relativement âgée – des ouvriers avec des dettes à rembourser ou qui cherchent du piston pour un emploi.
Jusqu’en 1938, Doriot prétend que son parti est républicain et pour une réforme de la IIIe République. En 1940 il est pour l’élimination totale de la façade démocratique. Avec le déclin du Front populaire, le soutien financier du grand capital diminue et les Juifs deviennent une cible principale, particulièrement en Algérie mais pas seulement. Si, au début, Doriot prétend accueillir les Juifs « assimilés » dans son mouvement (comme Le Pen avec les musulmans), dès 1938 le PPF multiplie les déclarations antijuives, et après l’armistice de 1940 ses militants brisent les vitrines de magasins juifs.
Pendant l’occupation allemande le PPF devient un des deux principaux partis français de la collaboration. Doriot contribue à la création de la « Légion des volontaires français contre le bolchevisme » (LVF) et combat avec les nazis sur le front russe, avant d’être tué en Allemagne en 1945.
La lutte contre les fascistes
Trotsky insiste que le prolétariat doit se préparer à la confrontation physique. La lutte contre le fascisme a besoin de la milice ouvrière comme la grève a besoin de piquets. Trotsky insiste qu’il faut assurer l’armement au moins de l’avant-garde prolétarienne dans des milices ouvrières. Or les dirigeants de la SFIO et du PC affirment qu’il faut combattre les fascistes par des moyens idéologiques et non par des moyens physiques – en fait ils entraînent les pires illusions dans l’Etat bourgeois.
On trouve ainsi dans les revendications centrales mises en avant par le PC : « Arrestation immédiate de Chiappe ; suppression de la préfecture de police, de la police politique et de la garde mobile » et l’appel à la « dissolution des ligues fascistes ». Comme l’explique au contraire Trotsky : « Mais faisons encore une hypothèse fantastique : la police de Daladier-Frossard “désarme” les fascistes. Est-ce que cela résout la question ? Et qui désarmera la même police, qui, de la main droite, rendra aux fascistes ce qu’elle leur aurait pris de la main gauche ? La comédie du désarmement par la police n’aurait fait qu’accroître l’autorité des fascistes, en tant que combattants contre l’Etat capitaliste » (« Où va la France ? »).
Les trotskystes en France s’appuient alors sur les arguments de Trotsky dans leur presse, en rappelant la nécessité de milices de la classe ouvrière et de l’armement du prolétariat pour lutter contre les fascistes. Ils essaient de mettre en pratique leur programme lors de leur entrisme dans la SFIO en 1934-1935. En effet, suite à la faillite de l’Internationale communiste en Allemagne contre Hitler, des ailes gauches se sont développées dans la plupart des organisations sociales-démocrates un peu partout dans le monde, en opposition à la passivité de leur direction. C’est le cas dans la SFIO où cette aile gauche s’est fortement développée, en particulier (mais pas seulement) dans la jeunesse. Pour l’approcher et la faire évoluer vers le marxisme révolutionnaire et la construction de la Quatrième Internationale, Trotsky avait proposé que les trotskystes entrent, drapeau déployé, dans la SFIO.
Etant victime des attaques des staliniens du PCF, la direction de la SFIO avait accepté de remettre en place un minimum d’autodéfense en 1929. Avec la montée des groupes fascistes, et leur virulence, des groupes d’autodéfense sont mis sur pied au début des années 1930. Mais c’est après le 6 Février 1934 que ces groupes se développent, en particulier en région parisienne où l’aile gauche est puissante. Ils s’organisent en une milice interne à la SFIO, les TPPS (Toujours prêts pour servir, voir le livre de Mathias Bouchenot, Tenir la rue, l’autodéfense socialiste 1928-1938, Libertalia, 2014). Cette milice regroupe les militants les plus activistes et les plus déterminés, assez souvent des ouvriers. Les trotskystes travaillent avec ces militants et essaient de les gagner à leur programme. Mais ils se font expulser de la SFIO à l’été 1935, avec la consolidation du Front populaire, quelques mois seulement après leur entrée ; quelques centaines de militants de la SFIO se retrouvent alors dans l’organisation trotskyste. Mais ce n’est qu’une partie de cette gauche, la grande majorité étant restée dans la SFIO, derrière Marceau Pivert.
Si une direction des TPPS, avec des trotskystes, a été mise en place, si des cadres et des militants ont commencé à se former militairement, les TPPS n’ont jamais dépassé le stade d’un service d’ordre partisan massif et discipliné. Les pivertistes n’avaient pas le programme de Trotsky, pour qui les milices ou la préparation de la grève générale avaient pour but de préparer la classe ouvrière à sa tâche historique, le renversement du capitalisme. Fondamentalement, les pivertistes se tournaient vers le gouvernement bourgeois, y compris concernant les ligues fascistes dont ils allaient demander la dissolution quand la SFIO se retrouva au pouvoir. « Pivert s’accroche à Zyromski, qui s’accroche à Blum, qui ensemble avec Thorez s’accroche à Herriot, qui s’accroche à Laval. Pivert entre dans le système du “Front populaire” », explique Trotsky en novembre 1935.
Les trotskystes français n’ayant qu’une implantation extrêmement faible dans la classe ouvrière, ils ne réussirent pas à organiser des mobilisations ouvrières de masse. C’est aux Etats-Unis que la politique de Trotsky a pu être appliquée de façon exemplaire. Le Socialist Workers Party, dirigé par James P. Cannon, réussit en 1939 à mobiliser près de 50 000 personnes pour protester contre un meeting fasciste au Madison Square Garden à New York. Les manifestants, qui n’hésitèrent pas à traverser les barrages policiers, purent administrer une bonne correction à de nombreux fascistes à la sortie de leur meeting. Cette tradition de mobilisations de masse contre les fascistes basées sur les syndicats ouvriers n’a guère de choses en commun avec la guérilla de services d’ordre que pratiquait la Ligue communiste (ancêtre du NPA de Besancenot et Poutou) dans les années 1970 contre les fascistes d’Ordre nouveau, précurseurs du FN. C’est au contraire en ligne avec la tradition du SWP américain que la LCI (à l’époque TSI) s’est appuyée pour organiser dans les années 1970 et 1980 aux Etats-Unis (et en décembre 1981 à Rouen) des manifestations ouvrières pour stopper les fascistes.
En guise de conclusion
Pour en revenir au débat d’aujourd’hui avec lequel j’avais commencé ce rapport, Soucy est d’accord avec Sternhell que la longue tradition du fascisme français a pavé la voie à Vichy et aidé à mettre en œuvre directement les mesures si cruelles et meurtrières de ce régime. Et c’est pour cela que ces deux historiens sont voués aux gémonies par les idéologues officiels issus de Sciences Po.
Si Sternhell est autant attaqué pour son livre Ni droite ni gauche c’est parce qu’il a aussi touché l’establishment bourgeois qui a prospéré après Vichy, comme les ex-cadres de l’Ecole d’Uriage, une institution officielle de Vichy pour former les élites du nouveau régime. Hubert Beuve-Méry, le fondateur et rédacteur en chef du Monde pendant 25 ans, est passé par Uriage, de même qu’André Rousselet, le fondateur de Canal Plus, et beaucoup d’autres encore qui voudraient faire oublier leur admiration pour Vichy et Pétain.
Un des ex d’Uriage est Emmanuel Mounier, dont Sternhell rappelle qu’il est considéré de nos jours comme un « saint républicain ». Mounier était le fondateur du magazine Esprit qui critiquait la décadence de la France dans les années 1930. Il attaquait le marxisme comme « un fils rebelle du capitalisme » relevant de « la tyrannie de la matière ». Ce monsieur « ni de droite ni de gauche » par excellence visite l’Italie en 1935, assiste avec des animateurs de la revue Ordre nouveau à un congrès de l’Institut de culture fasciste où il rend hommage à l’« aile vivante et audacieuse, radicalement anticapitaliste » du parti fasciste, en louant « sa sincérité, son ardeur, ses racines profondes dans le prolétariat ». Le réactionnaire Mounier est si profondément hostile à la Révolution française que, selon Sternhell, il a même reproché aux fascistes italiens leurs liens avec la tradition jacobine (son discours a ensuite été publié dans Esprit). Ce même magazine existe encore et un certain Emmanuel Macron est membre de son comité de rédaction. Un article publié dans le Monde en mai dernier place Macron « dans la continuité d’Emmanuel Mounier, [...] ce courant spirituel qui cherchait une troisième voie entre le capitalisme libéral et le marxisme » !
Pour finir, en 1935 Trotsky écrivait dans « Encore une fois, où va la France ? » : « Le développement du fascisme est en soi le témoignage irréfutable du fait que la classe ouvrière a terriblement tardé à remplir la tâche posée depuis longtemps devant elle par le déclin du capitalisme. » Il pointe là du doigt la responsabilité des réformistes et de la bureaucratie syndicale. Nous étudions cette question aujourd’hui pour continuer la lutte de Trotsky dans une période de crise et de menaces plus ouvertes contre les syndicats, sans parler des musulmans et des immigrés. Comme je le disais tout à l’heure, le fascisme est inhérent au capitalisme à l’époque de sa décadence impérialiste. La bourgeoisie française n’aura aucune hésitation à y avoir recours si elle se prend à craindre pour sa domination de classe face à une résurgence des luttes ouvrières. Il faut chercher à mobiliser maintenant la classe ouvrière et les opprimés pour stopper les provocations fascistes et leur renforcement. Mais fondamentalement, il faut réarmer la classe ouvrière avec le programme du marxisme. Pour en finir une bonne fois pour toutes avec le danger fasciste, il faut renverser la classe capitaliste tout entière par une révolution ouvrière. Cela exige de lutter pour forger un parti ouvrier révolutionnaire d’avant-garde, dans la tradition du Parti bolchévique de Lénine, qui avait mené la classe ouvrière russe à la victoire il y a bientôt 100 ans. C’est le sens profond de notre combat.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/218/fascisme.html
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Etats-Unis : face aux attaques, le syndicat des dockers ILWU tient bon - Les leçons de la bataille de Longview

https://archive.is/v44Hr
Le Bolchévik nº 200 Juin 2012
Les membres de la section locale 21 du syndicat des dockers ILWU (International Longshore and Warehouse Union) ont commencé le 7 février à charger du blé à destination de la Corée du Sud. C’était le premier bateau à entrer dans le tout nouveau terminal ultramoderne de la firme céréalière EGT à Longview, dans l’Etat de Washington. Deux jours plus tard, les membres de la section 21 approuvaient par un vote une convention collective de cinq ans couvrant à la fois les techniciens de maintenance et les opérateurs du terminal. Les briseurs de grève de la section locale 701 du « syndicat » jaune Operating Engineers ont dégagé, et le syndicat ILWU a repris sa place. Ceci marque la fin de près de deux ans de confrontation entre d’un côté l’ILWU et de l’autre le géant céréalier EGT, avec derrière lui, en fin de compte, toutes les ressources de l’Etat capitaliste.
Nous saluons la combativité et la détermination des membres de l’ILWU qui ont lutté avec tant d’acharnement, et tout particulièrement ceux de la section locale 21. Dès le début de cette bataille, le syndicat et ses alliés ont mobilisé leurs forces avec des actions syndicales comme on n’en avait pas vues dans ce pays depuis des dizaines d’années. Des piquets de grève de masse ont été organisés pour bloquer les trains chargés de céréales à destination du terminal EGT. Les flics ont riposté par une campagne de harcèlement, d’intimidation et d’arrestations à répétitions visant les membres de l’ILWU et ceux qui les soutenaient. Robert McEllrath, le président de l’ILWU international, qui avait lui-même été molesté par les flics, appela à lever les piquets le 7 septembre dernier, après une attaque de la police contre les piquets de grève, et à attendre le soutien d’autres dockers. Le lendemain, les ports de toute la région étaient paralysés, et les membres de l’ILWU convergeaient sur Longview et donnaient à EGT, à ses sbires et aux flics briseurs de grèves un avant-goût de ce qu’est réellement la puissance du mouvement syndical. Pendant que les médias hostiles à la classe ouvrière criaient partout que des milliers de tonnes de céréales avaient été jetées sur les voies, EGT, avec le soutien du Conseil national du travail [l’inspection du travail] d’Obama, a porté l’affaire devant les tribunaux qui ont condamné le syndicat à payer plus de 300 000 dollars d’amendes.
La direction de l’ILWU international a reculé et s’est contentée de porter plainte devant les tribunaux capitalistes et de faire campagne pour un référendum pour obtenir la révocation du shérif du comté de Cowlitz. Plusieurs trains chargés de céréales entrèrent sans encombre dans le terminal où ils furent déchargés par des jaunes de la section locale 701 des Operating Engineers. Fin 2011, EGT avait commencé à organiser le chargement des céréales avec le soutien de l’appareil de « sécurité intérieure » de l’administration Obama. Le syndicat faisait maintenant face à la flottille de bateaux et d’hélicoptères armés des gardes-côtes qui avait été mobilisée pour escorter le premier bateau qui remonterait le fleuve Columbia vers le terminal EGT. Invoquant de précédentes actions « violentes » de l’ILWU, les gardes-côtes imposèrent une « zone de sécurité » temporaire autour du terminal et de tout bateau en approche, et proclamèrent qu’ils étaient autorisés à prendre toute mesure nécessaire pour la faire respecter. Toute violation de cette zone pouvait être sanctionnée par des amendes d’un maximum de 250 000 dollars et jusqu’à six ans d’emprisonnement.
Le conseil syndical central des comtés de Cowlitz et de Wahkiakum publia un « Appel à l’action » appelant les travailleurs et leurs alliés à se mobiliser à Longview lorsque arriverait le premier bateau. McEllrath écrivit à toutes les sections locales du syndicat ILWU pour les inviter à se préparer à des actions de protestation. Le mouvement populiste « Occupy » organisa des caravanes qui devaient converger vers l’Etat de Washington en longeant la côte Ouest des Etats-Unis. Aux quatre coins du pays, des syndicats et des conseils syndicaux particuliers votèrent des résolutions et envoyèrent des lettres de protestation contre le déploiement de l’armée américaine pour attaquer l’ILWU.
Une confrontation entre les forces militaires déployées par l’administration Obama et des syndicalistes et des activistes du mouvement Occupy aurait eu un impact négatif sur les perspectives politiques des démocrates pendant la campagne des élections présidentielles de 2012. Alors que se répandait la nouvelle de l’arrivée imminente du premier bateau, le gouverneur démocrate de l’Etat de Washington joua le rôle d’intermédiaire pour négocier un projet d’accord entre l’ILWU et EGT.
Le « partenariat » entre le mouvement ouvrier et le capital est un mensonge !
Le président de l’ILWU international salue aujourd’hui « le partenariat entre l’ILWU et EGT » comme le début de « nombreuses années de fonctionnement sécurisé et productif du site, et de stabilité de l’industrie de l’exportation céréalière dans le nord de la côte Ouest ». Mais toute la bataille de Longview apporte en elle-même un démenti à la bureaucratie syndicale quand celle-ci cherche à promouvoir un soi-disant « partenariat » entre les dockers et les propriétaires d’EGT – un mensonge au cœur de l’offensive des patrons et de leur Etat qui, en l’absence de presque toute riposte, a considérablement affaibli les syndicats dans ce pays.
Le secteur céréalier américain est le plus important et le plus rentable du monde. C’est une industrie dont le chiffre d’affaire se compte en dizaines de milliards de dollars. Sa « stabilité » signifie la flambée des prix des produits alimentaires, la famine et la mort pour des millions de personnes sur cette planète. L’approvisionnement mondial en céréales est contrôlé par une poignée de géants agro-industriels, notamment Cargill et Archer-Daniels-Midland, qui ont tous deux leur siège aux Etats-Unis. Leurs profits dans ce pays proviennent d’une exploitation de plus en plus intense de la classe ouvrière, raison pour laquelle EGT a fait tout ce qu’il pouvait pour casser l’ILWU dans son terminal de Longview. Il n’a pas réussi à le faire. L’organisation syndicale sur toute la côte Ouest a été préservée ainsi que les emplois dans le port de Longview, où le syndicat est actif depuis 80 ans.
Dan Coffman, président de la section locale 21 de l’ILWU, a déclaré à Workers Vanguard que le syndicat avait obtenu gain de cause sur sa revendication que la société cotise à la mutuelle et à la caisse de retraite gérées conjointement par l’ILWU et l’association patronale PMA (Pacific Maritime Association). EGT sera également tenu de payer au tarif des heures supplémentaires tout travail au-delà de huit heures par jour. Néanmoins, le fait qu’EGT puisse obliger des membres de l’ILWU à faire des journées continues de 12 heures constitue une réelle menace pour la santé et la sécurité des travailleurs. (La convention collective signée par l’ILWU et la PMA autorise au maximum des journées continues de 10 heures, et ceci uniquement si le bateau doit appareiller immédiatement.) De plus, EGT paiera le travail de nuit au tarif de jour et non un tiers plus cher, ce qui était auparavant la norme.
Le syndicat a également réussi à imposer, contre la volonté d’EGT, que les techniciens de maintenance et les autres travailleurs à l’intérieur du terminal soient intégrés à l’ILWU. Ces travailleurs étaient auparavant sélectionnés séparément par EGT parmi les membres de la section 21 et embauchés en tant que salariés « permanents », en dehors du bureau d’embauche syndical de la section 21. Ils devaient ensuite décider s’ils voulaient ou non être représentés par l’ILWU. Le recours à des permanents, dont l’emploi est garanti par contrat avec une compagnie maritime ou un manutentionnaire particulier, est depuis longtemps autorisé par la convention collective entre l’ILWU et la PMA. Ceci constitue une entorse au système du bureau d’embauche syndical et de l’affectation à tour de rôle aux bateaux. Ces acquis de la grève historique de 1934, dans laquelle l’ILWU a été forgé, sont conçus pour répartir équitablement le travail disponible entre les membres de l’ILWU. Coffman nous a également expliqué que le syndicat avait perdu sur sa revendication de fournir les opérateurs de la salle de contrôle du terminal EGT, ce qui signifie que le terminal sera piloté par EGT.
Au moment où les syndicats, comme celui de la fonction publique du Wisconsin, se font laminer par les attaques des capitalistes, le fait que l’ILWU de Longview ait réussi à tenir bon face à EGT est un vrai succès. Mais la bataille est loin d’être terminée. L’ILWU est toujours sous le coup d’une amende de plus de 300 000 dollars dont il a fait appel devant les tribunaux fédéraux. Même si les tribunaux ont acquitté certains des ouvriers arrêtés, plusieurs membres de l’ILWU sont toujours inculpés, y compris au pénal. L’ILWU et ceux qui le soutiennent doivent se battre pour que toutes ces inculpations soient levées ! Et la prochaine bataille sera menée contre les autres sociétés céréalières le 1er octobre, quand l’accord sur la manutention des céréales qui les lie à l’ILWU sera renégocié.
Le terminal EGT de Longview, qui a coûté 200 millions de dollars, est le premier terminal céréalier à être construit aux Etats-Unis depuis 25 ans. Il est équipé pour traiter une moyenne de 3 000 tonnes par heure, très au-delà des 750 à 2 500 tonnes par heure des autres silos-élévateurs du Nord de la côte Ouest. EGT, qui prévoit de charger entre 150 et 200 bateaux par an à Longview, est un conglomérat multinational qui associe la société Bunge North America, dont le siège est à Saint Louis, le Japonais Itochu Corporation et STX Pan Ocean, un armateur sud-coréen. Cette entreprise espère ainsi tirer de juteux profits de l’augmentation annoncée des exportations américaines de maïs, de blé et de soja vers l’Asie. Face à une telle concurrence, les autres exportateurs de céréales chercheront à faire payer leurs pertes par les membres de l’ILWU.
La manutention des céréales par l’ILWU au Nord de la côte Ouest, pour l’essentiel du transport en vrac, est couverte par des conventions collectives différentes de celle entre l’ILWU et la PMA, laquelle est dominée par des armateurs de navires porte-conteneurs. La convention collective ILWU-PMA expirera en 2014. La PMA va suivre de très près les négociations dans le secteur céréalier ; elle cherchera à les utiliser à son avantage contre l’ILWU. Avec l’achèvement, la même année, des nouveaux travaux d’élargissement du canal de Panama, la PMA jouera sur la crainte que les armateurs envoient leurs porte-conteneurs directement vers la côte Est au lieu de les décharger sur la côte Ouest et d’expédier les conteneurs par chemin de fer à travers le continent. Le terminal de la compagnie APM à Hampton Roads en Virginie, ouvert en 2007, est hautement automatisé en comparaison avec les ports de la côte Ouest. C’est le troisième plus grand terminal à conteneurs des Etats-Unis. Les armateurs des deux côtes cherchent à dresser le syndicat ILA (International Longshoremen’s Association), qui organise les dockers de la côte Est et du golfe du Mexique et dont la principale convention collective expire le 30 septembre prochain, contre l’ILWU qui est relativement plus puissante, dans une course au nivellement par le bas avec comme enjeu les emplois.
L’ILWU et l’ILA sont tous les deux des bastions syndicaux de plus en plus isolés dans un océan de travailleurs non syndiqués avec des salaires bas dans la chaîne sans cesse plus développée du commerce mondial, que ce soit les camionneurs des ports, les travailleurs des entrepôts et des infrastructures ferroviaires intermodales ou les marins sur les cargos géants. L’érosion de la puissance des syndicats de dockers a aussi été amplifiée par la soumission de leurs directions à la compétitivité et aux intérêts nationaux des capitalistes qui dirigent l’Amérique. Ce qu’on a vu dans les piquets de grève de masse et les autres actions menées à Longview, c’est la puissance des travailleurs unis sur la base de leurs propres intérêts de classe dans la lutte contre les employeurs. Mais cette combativité initiale s’est heurtée de plein fouet à la collaboration de classes des dirigeants traîtres du syndicat.
Les lignes de front d’une bataille de classe internationale
La direction de l’ILWU a présenté la lutte contre EGT comme celle d’une petite communauté contre une multinationale « étrangère ». Il s’agissait au contraire d’une bataille de classe opposant les ouvriers aux propriétaires capitalistes d’EGT. Dans une bataille de ce genre, les propriétaires peuvent s’appuyer sur les forces de l’Etat capitaliste, qui est là précisément pour défendre leurs intérêts, depuis les flics « îlotiers » jusqu’aux forces du Département de la sécurité intérieure et l’armée, en passant par les shérifs. La puissance des travailleurs vient de leur organisation collective et de leur capacité d’arrêter la production et de bloquer le flot des profits. Pour utiliser cette force, les actions de solidarité entre différents syndicats et avec les travailleurs au niveau international sont cruciales. Et elles le sont d’autant plus avec les livraisons « juste à temps » et l’interconnexion croissante de la production mondiale. C’est précisément parce qu’elles sont particulièrement efficaces que des actions telles que le refus de charger ou décharger des cargaisons et les grèves de solidarité ont été déclarées illégales.
Comme dans n’importe quel conflit, la question de qui gagne et qui perd est décidée par la force relative des camps qui s’affrontent. La puissance du syndicat résidait dans sa capacité à bloquer l’entrée ou la sortie des céréales au terminal EGT. En pleine saison de récolte céréalière, à la fin de l’été et au début de l’automne, EGT était particulièrement vulnérable. L’ILWU avait un besoin urgent du soutien de la puissance et de la solidarité d’autres syndicats, et tout particulièrement ceux de la chaîne du transport des cargaisons céréalières d’EGT.
Tout au début, le syndicat et ses alliés ont mobilisé des piquets de masse qui ont bloqué les trains qui transportaient des céréales. Ces trains étaient conduits par des membres du syndicat des conducteurs de locomotive BLE (Brotherhood of Locomotive Engineers), affilié à la confédération des Teamsters. Lorsque l’ILWU dut céder du terrain face à une répression policière massive, les trains recommencèrent à rouler. Jimmy Hoffa Jr., président des Teamsters, envoya alors une lettre où il s’engageait à soutenir l’ILWU dans la lutte contre EGT. Mais la solidarité la plus élémentaire aurait voulu que le BLE bloque les trains. Cela aurait été un défi à la loi Taft-Hartley et aux nombreuses autres lois qui interdisent de telles actions. C’est en défiant les lois antisyndicales et en luttant contre les flics et autres briseurs de grève que les travailleurs ont construit les syndicats dans ce pays. Et inversement, les syndicats ont été décimés quand ils ont sacrifié les armes de la lutte syndicale sur l’autel de la légalité capitaliste.
La section locale 701 des Operating Engineers, celle-là même qui a fourni ses jaunes à EGT, a reçu le soutien de Richard Trumka, président de la confédération syndicale AFL-CIO. Trumka a déclaré qu’il s’agissait là simplement d’un conflit de « juridiction » entre deux syndicats, conflit qui devait être résolu dans les bureaux des traîtres syndicaux au niveau national ! Comme nous l’écrivions dans notre article « L’ILWU se bat contre une menace mortelle » (Workers Vanguard n° 986, 16 septembre 2011) : « Le seul conflit de “juridiction” à Longview est entre le capital et le travail ! Et Trumka a choisi le camp des patrons. » C’était là une trahison pour le compte du Parti démocrate, qui est tout autant que le Parti républicain un parti des patrons, mais un parti auquel les bureaucrates syndicaux font allégeance en présentant les démocrates comme les « amis du mouvement syndical ». Trumka ne voulait pas qu’une bataille de classe de grande ampleur à Longview vienne menacer les chances de réélection d’Obama. Et en fin de compte les dirigeants de l’ILWU ne le voulaient pas non plus.
Le syndicat était dans une position difficile. Il n’est pas facile de l’emporter quand on est confronté à toute la puissance de l’Etat capitaliste. Mais la capacité de lutte du syndicat a été sapée par le soutien de sa direction aux mêmes forces de « sécurité nationale » auxquelles l’ILWU était confronté. En 2002, la direction internationale de l’ILWU avait collaboré à la rédaction de la « Loi sur la sécurité du transport maritime », qui visait à mettre au pas les docks dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » du gouvernement. Les dirigeants de l’ILWU avaient accepté la mise en place du TWIC, un système d’accréditation des employés des transports, auquel ils n’ont objecté qu’après sa mise en place. A cette occasion, ils avaient de façon scandaleuse montré du doigt en les présentant comme une « menace pour la sécurité nationale » les conducteurs de camion en majorité immigrés et non syndiqués dans les ports. Victimes de contrôles sur leur casier judiciaire et leur titre de séjour, des dizaines de milliers de travailleurs des ports se sont vu refuser cette accréditation « de sécurité ». De nombreux conducteurs de camion immigrés avaient préféré ne pas faire la demande, de peur d’être expulsés.
Parmi les délits susceptibles de motiver une interdiction d’accès aux docks sous le régime du TWIC figure l’implication dans un « incident lié à la sécurité des transports », y compris « s’être livré à une perturbation du système de transport ou à une perturbation économique dans une zone spécifique ». Des responsables des gardes-côtes se sont rendus dans les bureaux de la section 21 de l’ILWU pour menacer de retirer leur carte TWIC à des membres de l’ILWU si des actions de protestation perturbaient le chargement du cargo céréalier.
Face à la puissance militaire de « son » gouvernement, il était absolument nécessaire que l’ILWU en appelle à la solidarité de la classe ouvrière internationale. A l’automne dernier, plusieurs actions de protestation de faible ampleur avaient été organisées au Japon, en Corée et en Australie contre les attaques antisyndicales d’EGT. Il fallait que ces protestations soient suivies d’actions, et pour cela appeler les dockers, en Corée et dans toute l’Asie, à refuser de décharger les céréales mises à bord par les briseurs de grève et expédiées depuis le terminal EGT de Longview. Mais l’ILWU n’était pas le mieux placé pour faire cela, étant donné que ses dirigeants se vantaient bruyamment de défendre les exportateurs américains de céréales contre une multinationale « étrangère ». Les exportations de céréales et autres produits alimentaires sont utilisées comme arme par l’impérialisme US contre les ouvriers et opprimés du monde entier et pour maintenir les pays moins développés sous la botte de la « seule superpuissance mondiale ».
La nature même du travail des dockers, qui est dépendant du commerce mondial, illustre le fait que la lutte des travailleurs est internationale. Les dockers et autres travailleurs de la chaîne mondiale du fret ont une immense puissance sociale potentielle. C’est ce qu’explique très bien un article de JoAnn Wypijewski intitulé « Sur la ligne de front de la lutte de classe mondiale – la chaîne du fret » (CounterPunch, 1er mars 2010) :
« Aussi importante que soit la productivité pour la prospérité de l’industrie du transport maritime, il ne sert à rien d’aller vite dans les ports automatisés s’il y a des ruptures à un point quelconque de la chaîne entre l’usine et le consommateur […]. Aux Etats-Unis, cela implique l’acquiescement sans heurt non seulement des 60 000 dockers, mais aussi celle des 28 000 pilotes de remorqueurs et pilotes de port, des 60 000 conducteurs de camion dans les ports, des 850 000 conducteurs de camion de marchandises, des 165 000 cheminots, des 2 millions de travailleurs des entrepôts et de la distribution, des 370 000 livreurs de colis express, et des 160 000 planificateurs logistiques – et des groupements de travailleurs semblablement interconnectés partout dans le monde. Ils ne sont pas tous syndiqués, mais toutefois il ne serait pas nécessaire qu’ils disent tous non : juste un nombre suffisant d’entre eux, agissant de concert à des points vitaux de la chaîne. »
Mais grâce aux trahisons des dirigeants syndicaux, il n’y a pas eu de telles ruptures dans la chaîne du fret qui amenait les céréales dans le terminal EGT et les en faisait sortir. Il y a eu une exception notable et honorable, pour ce qui est du départ des bateaux chargés de céréales : l’Inland Boatmen’s Union, le syndicat des mariniers (qui fait partie de l’ILWU), a refusé de conduire les remorqueurs pour faire rentrer et sortir les bateaux. L’ILWU avait le dos au mur face aux forces militaires des Etats-Unis, mais le patriotisme de sa direction qui proclame « l’Amérique d’abord » sape sa capacité à en appeler à la solidarité internationale.
Les syndicalistes et leurs alliés qui se sont battus si courageusement doivent en tirer les leçons pour préparer les batailles futures. Pour que les syndicats soient des instruments de lutte contre les patrons, ils doivent rompre les chaînes forgées par les dirigeants traîtres qui lient les travailleurs aux intérêts des exploiteurs capitalistes et de leurs partis politiques. Pour que l’ILWU continue à exister comme syndicat industriel puissant, il est absolument nécessaire de mener une bataille lutte de classe pour syndiquer les très nombreux travailleurs non syndiqués comme les conducteurs de camion dans les ports, ce qui nécessite de combattre le chauvinisme anti-immigrés et de syndiquer ces travailleurs en leur faisant bénéficier des mêmes salaires, avantages sociaux et conditions de travail que les autres membres de l’ILWU. Des centaines de conducteurs de camion du port de Seattle sont en grève depuis deux semaines contre leurs conditions de travail insupportables et pour réclamer le droit à se syndiquer.
Il faut chasser les bureaucrates à la bannière étoilée, ce qui passe par un combat pour une direction lutte de classe, une direction dont la bannière sera le drapeau rouge de l’internationalisme ouvrier ! Une telle direction armera les ouvriers pour mener des batailles sans merci contre les exploiteurs capitalistes, et c’est sur cette base que l’on pourra forger un parti ouvrier multiracial, un parti qui luttera pour une révolution socialiste, afin d’en finir une bonne fois pour toutes avec tout le système de l’esclavage salarié, de l’oppression raciste, de la misère et de la guerre impérialiste.
Où le mouvement populiste Occupy remplace la lutte de classe
Cela en dit long sur les trahisons des dirigeants syndicaux que le mouvement populiste Occupy soit devenu le véhicule central de toutes les protestations contre les ravages de la catastrophe économique créée par les magnats de la finance de Wall Street. L’écrasante majorité des gens autour d’Occupy adhèrent au mythe d’un « bon vieux temps » du capitalisme américain où le gouvernement était censé représenter la « volonté du peuple ». Et pourtant, une grande partie de la gauche « socialiste » dans ce pays salue de façon opportuniste Occupy comme étant la clé de la revitalisation du mouvement ouvrier. Bien au contraire, son populisme à « 99 % » – qui s’étend aux flics, ces briseurs de grève racistes – dissout toute notion de la ligne de classe fondamentale qui sépare les ouvriers et leurs exploiteurs capitalistes.
Dans la région de San Francisco, des charlatans syndicaux adeptes du verbiage de gauche comme Jack Heyman, un bureaucrate de l’ILWU à la retraite, et Clarence Thomas, un ancien membre du comité exécutif de la section locale 10, ont vanté les mérites des « piquets communautaires » du mouvement Occupy qui ont bloqué le port d’Oakland le 2 novembre et à nouveau le 12 décembre. Pendant les jours qui précédaient les blocages d’Occupy du 12 décembre, au cours desquels les ports de Longview et de Portland ont également été paralysés en solidarité déclarée avec le combat de l’ILWU à Longview, Heyman expliquait que « si Occupy réussit aujourd’hui, cela donnera très probablement l’impulsion pour un blocage de tous les ports de la côte Ouest par les dockers lorsque le bateau briseur de grève arrivera ». Mais loin de construire une quelconque « dynamique », le blocage a réduit les travailleurs à jouer au mieux le rôle d’observateurs passifs, attendant sur le bord de la route qu’un médiateur se prononce sur le fait que traverser ces piquets serait ou non dangereux pour leur santé et leur sécurité.
Selon la description enthousiaste qu’en a faite Socialist Worker, le journal de l’International Socialist Organization (13 décembre 2011), il y eut beaucoup d’applaudissements à Oakland le 12 décembre lorsqu’on annonça que le médiateur avait rendu sa décision et que « les travailleurs étaient rentrés chez eux ». Quelle farce ! Les travailleurs n’étaient guère que des pions dans un théâtre d’ombres médiatique et juridique. Ce n’est pas nouveau pour Heyman et Thomas, qui ont bâti leur réputation « militante » dans le milieu de la gauche radicale de San Francisco avec ce genre de piquets communautaires.
Ce genre de piquets peut, de manière épisodique, être une tactique efficace en tant qu’action symbolique qui souligne la nécessité pour les travailleurs de manifester leur solidarité avec leurs frères et sœurs de classe en lutte. Mais ces actions ne contribuent guère à élever chez les travailleurs le niveau de conscience de leur puissance sociale et de leurs intérêts de classe. Alors qu’ils sont présentés comme autant de preuves de la combativité de l’ILWU, ces piquets qui rassemblent des militants de gauche, des libéraux et d’autres forces ont pour base la même acceptation des lois antisyndicales derrière laquelle l’ILWU et les autres dirigeants syndicaux cachent leur trahison des actions ouvrières combatives. On pouvait le voir dans une déclaration intitulée « Occupez les ports » publiée pour mobiliser en vue des blocages du 12 décembre, et qui expliquait que « les syndicats ouvriers sont contraints par une législation fédérale réactionnaire et antisyndicale […] à ne pas mener d’actions syndicales de solidarité ».
Les piquets de grève ne sont pas des spectacles de relations publiques organisés au profit des travailleurs. Ils ne sont pas non plus des actions de désobéissance civile de masse menées par les petits-bourgeois et autres éléments déclassés d’Occupy qui n’ont aucun rapport avec la production ni aucune puissance en rapport avec la production. Ce sont des lignes de bataille entre les travailleurs et les capitalistes qui tirent leurs profits de l’exploitation du travail. Leur succès repose sur la conscience et l’organisation des travailleurs mobilisés en tant que classe contre leur ennemi de classe.
La section locale de Longview de l’ILWU a sans nul doute apprécié l’écho que les actions de protestation d’Occupy ont donné à son combat contre les casseurs de syndicats d’EGT. Et qui l’en blâmerait ? Quand la direction de l’ILWU international a reculé, les travailleurs de Longview ont pris tous les coups tandis qu’EGT triomphait, que son terminal se remplissait de céréales et que les forces du gouvernement fédéral d’Obama étaient derrière lui pour les expédier. La solidarité des activistes d’Occupy avec les travailleurs est certainement la bienvenue. Mais les blocages d’Occupy ne pouvaient pas remplacer une mobilisation de la puissance de classe des travailleurs en lutte. Quelles qu’aient été les intentions des manifestants, leurs piquets auraient facilement pu se terminer par une confrontation entre d’un côté les manifestants et de l’autre les travailleurs et leur syndicat. C’est là précisément le programme de l’aile la plus « radicale » d’Occupy, incarnée par les anarchistes du collectif Black Orchid [orchidée noire] de Seattle, qui oppose ouvertement aux syndicats les forces largement petites-bourgeoises d’Occupy, présentées comme un « nouveau mouvement de la classe ouvrière ».
De toute évidence cela ne pose aucun problème à Jack Heyman. Il était un des principaux orateurs dans un meeting d’Occupy à Seattle organisé afin de mobiliser pour une caravane vers Longview au moment de l’arrivée du premier bateau au terminal EGT, et il a alors applaudi « notre sœur Barucha » qui « pense que les syndicats sont des institutions capitalistes », avant d’expliquer que c’est « ce qui est formidable avec ce mouvement Occupy […]. Nous avons des tendances différentes à l’intérieur et nous pouvons soulever nos divergences et nous retrouver quand même ensemble pour un seul but, qui est de remporter la victoire pour les dockers de Longview. » C’est un peu difficile pour des travailleurs qui luttent pour préserver leur syndicat de remporter la victoire avec des gens qui pensent que les syndicats sont des institutions capitalistes ! Mais cela fait tellement longtemps que Heyman se fait passer pour un syndicaliste « militant » auprès des libéraux de gauche qu’il ne peut même pas reconnaître la ligne de classe.
Comme l’ensemble de la bureaucratie syndicale aux Etats-Unis, la direction de l’ILWU international a embrassé le populisme à « 99 % » d’Occupy, sans doute dans l’espoir que cela accroîtrait les chances de réélection d’Obama. Mais les dirigeants du syndicat des dockers étaient hostiles au blocage des ports du 12 décembre. Dans sa lettre du 3 janvier aux sections locales de l’ILWU sur la façon de protester à l’arrivée du premier bateau, McEllrath conseillait aux dockers d’approcher les organisateurs des caravanes d’Occupy vers Longview avec « une extrême prudence ». Plusieurs bureaucrates locaux et membres de l’ILWU du Nord de la côte Ouest ont assisté à la réunion d’Occupy du 6 janvier à Seattle et ont exigé que cette lettre soit lue. Après avoir dû attendre pendant près de deux heures, ils se sont levés pour protester et une bousculade s’en est suivie. En repoussant la demande formulée par les responsables régionaux du syndicat qui subissait les attaques des patrons, les organisateurs de l’événement avaient ouvert la porte à une confrontation de ce genre.
En fait, il semble que ceci ait eu le don de réjouir le collectif Black Orchid. Dans une déclaration publiée après l’événement et intitulée « Unité contre gros bras syndicaux », ils ont condamné les responsables de l’ILWU pour avoir « essayé de nous empêcher de transcender leurs structures agonisantes ». Après cette confrontation, la section locale de l’ILWU à Seattle a voté une motion qui interdisait à ses membres « tout soutien formel ou informel à “Occupy” », ouvrant ainsi la porte à une chasse aux sorcières contre les membres de l’ILWU qui ont travaillé avec Occupy. Une chasse aux sorcières de ce genre pourrait bien se préparer ; elle doit être rejetée par l’ILWU.
L’Internationalist Group (IG), qui a pris fait et cause pour Heyman, nous a écrit pour nous demander « quelle est la position des spartacistes sur cet incident ? » Dans la réponse écrite que nous avons envoyée à l’IG , nous avons été on ne peut plus clairs : « Nous sommes du côté de la défense du syndicat contre l’offensive de cassage antisyndical d’EGT, soutenue par l’armée et les autres forces policières du gouvernement fédéral, et pas avec ceux qui, dans le mouvement Occupy, partagent la position que les syndicats doivent être éliminés. »
L’IG qualifie la politique d’Occupy de « populisme bourgeois » tout en lui reprochant simultanément d’essayer de contourner la bureaucratie syndicale « quand ce qu’il faut c’est mener bataille pour défaire et chasser ces “lieutenants ouvriers de la classe capitaliste” ». Mais Occupy ne fait pas partie du mouvement ouvrier, qui est l’endroit où cette bataille doit être menée. Notre lutte contre les bureaucrates syndicaux est une lutte politique ; nous sommes opposés à ce qu’ils subordonnent les syndicats aux intérêts et aux profits de la classe dirigeante capitaliste américaine. La politique populiste d’Occupy est au fond le reflet de celle des dirigeants syndicaux traîtres. Ceux qui, comme Heyman, l’IG et autres, encensent le mouvement Occupy en guise de substitut aux syndicats ont récolté les fruits de leur propre opportunisme grotesque au meeting de Seattle.
Le pouvoir aux travailleurs !
Occupy n’est pas, et ne peut être, l’instrument pour régénérer le mouvement syndical américain. Ceci est la tâche des travailleurs eux-mêmes. La question n’est pas simplement la préservation des syndicats existants, dont beaucoup ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient auparavant, mais la lutte pour les transformer en bataillons ouvriers de la lutte de classe. Avec sa majorité de membres noirs, la section locale 10 de l’ILWU dans la région de San Francisco établit un pont au-dessus d’une ligne de fracture fondamentale de la société américaine et donne au syndicat la capacité de lier sa puissance sociale à la colère des masses des centres-villes, dont l’existence est considérée sans aucune valeur par les capitalistes américains. Il en va de même pour les membres latino-américains de la section locale de l’ILWU à Los Angeles/Long Beach, qui constituent un lien vital avec l’importante population immigrée latino-américaine de Los Angeles. Ceci peut être un facteur décisif pour organiser les conducteurs de camion dans les ports, qui sont majoritairement immigrés et non syndiqués, et qui ont un rôle crucial à jouer quand il s’agit de bloquer les ports.
Pour pouvoir mener ces batailles, le syndicat doit inscrire sur sa bannière le combat pour les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés et lutter pour la cause de la libération des Noirs. Mais le syndicat lui-même est miné par les mêmes lignes de fracture ethniques et raciales sur lesquelles les patrons du transport maritime jouent pour diviser et affaiblir l’ILWU, en dressant les uns contre les autres les travailleurs de l’ILWU du Nord de la côte Ouest, majoritairement blancs, les syndiqués noirs de la baie de San Francisco et les syndiqués latino-américains de Los Angeles. En 1934, c’était une grève de toute la côte qui a jeté les bases de la fondation de l’ILWU ; elle unissait les dockers, les marins et les autres travailleurs du transport maritime. A San Francisco, où la lutte des dockers avait été le déclencheur d’une grève générale, la direction du syndicat en avait consciemment appelé à la population noire opprimée et s’était battue contre les tentatives des patrons d’utiliser les divisions raciales et ethniques pour casser la lutte des travailleurs.
La grève générale de San Francisco ne fut pas l’unique grande bataille de classe de 1934. Il y eut aussi la grève de masse qui prit naissance chez les ouvriers des usines de pièces détachées de l’automobile à Toledo, et les grèves des camionneurs de Minneapolis à l’issue desquelles fut forgé le puissant syndicat industriel des Teamsters. Ces grèves furent toutes dirigées par des rouges. Comme l’écrivait James P. Cannon, le fondateur du trotskysme américain, dont les partisans avaient dirigé les grèves de Minneapolis, dans un article sur la grève des transports maritimes de la côte Ouest de 1936 (reproduit dans Notebook of an Agitator [Carnet d’un agitateur], 1958), la signature d’une convention collective « n’est qu’une trêve temporaire, et la nature de ce genre d’accord se décide par le rapport de forces : la “justice” n’a rien à voir là-dedans. Les ouvriers n’auront la justice que quand ils prendront le contrôle du monde […]. Les patrons sont puissants tout d’abord parce qu’ils possèdent les bateaux et les docks, et que les ouvriers n’ont pas encore contesté leur frauduleuse prétention à cette possession. Et parce qu’ils possèdent les bateaux, les patrons possèdent le gouvernement. »
La lutte des travailleurs contre une exploitation de plus en plus brutale ne prendra pas fin tant qu’ils ne se seront pas débarrassés d’un système basé sur la production pour le profit et qu’ils n’auront pas instauré un gouvernement ouvrier qui arrachera les moyens de production des mains des propriétaires capitalistes rapaces pour en faire la propriété collective de la société. Alors, les progrès dans l’automatisation et les autres technologies, qui sont aujourd’hui utilisés comme arme contre l’emploi et le niveau de vie des travailleurs, seront utilisés pour réduire leur charge de travail et conduiront à de formidables améliorations des conditions de vie de la population dans son ensemble.
La voie pour aller de l’avant passe par la lutte pour forger une nouvelle direction lutte de classe des syndicats, qui mènera les batailles à l’issue desquelles un parti ouvrier révolutionnaire pourra être construit. Le but de la Spartacist League est de forger le noyau d’un tel parti, en tant que section américaine d’une organisation internationale révolutionnaire de la classe ouvrière. Comme l’écrivaient Karl Marx et Friedrich Engels il y a plus de 150 ans dans le Manifeste du Parti communiste : « Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
– Traduit de Workers Vanguard n° 996, 17 février
Protestez contre l'acharnement répressif de l'Etat contre l'ILWU de Longview et ses alliés !
Pour se battre contre l’EGT, les membres de l’ILWU et leurs alliés ont eu recours à des méthodes combatives de lutte de classe qu’on n’avait pas vues depuis des années aux Etats-Unis. En représailles, les dirigeants et les militants de l’ILWU sont victimes d’une campagne de surveillance et de violences policières. Il y a eu plus de 200 arrestations, dont certaines ont été accompagnées de poursuites judiciaires. Beaucoup de ces travailleurs traînés devant les tribunaux sont poussés à plaider coupable de délits pour éviter des poursuites criminelles.
Même si un accord a été maintenant conclu entre l’ILWU et l’EGT, Susan Baur, la procureure du comté de Cowlitz, continue d’intensifier la vendetta contre l’ILWU, main dans la main avec le département du shérif du comté et la police locale. De nouvelles accusations, parfois de crimes, sont concoctées des mois après les faits. Ces poursuites revanchardes visent l’ensemble du mouvement ouvrier dans le but d’intimider les militants syndicaux qui trouvent une inspiration dans la force qu’ont mobilisée les partisans de l’ILWU pour lutter contre les attaques anti-syndicales de l’EGT à Longview.
Ces dockers et ceux qui les soutiennent se sont battus avec courage et détermination. Maintenant nous devons lutter pour eux ! Le Partisan Defense Committee, une organisation de défense légale et sociale non sectaire associée à nos camarades américains de la SL/U.S. et se basant sur la lutte de classe, a envoyé une lettre de protestation au procureur du comté de Cowlitz exigeant l’arrêt immédiat des poursuites. La Fédération nationale des ports et docks CGT a fait de même en France. Nous appelons les syndicats et tous ceux qui s’opposent à la guerre des patrons contre les syndicats à se joindre à cette initiative.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/200/longview.html
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L'adhésion à l'OMC approfondit la pénétration impérialiste - La Chine secouée par des manifestations ouvrières - Défense des acquis de la Révolution de 1949 ! (2002) (Part 1)

https://archive.is/BrEJ6
L'adhésion à l'OMC approfondit la pénétration impérialiste
La Chine secouée par des manifestations ouvrières
Défense des acquis de la Révolution de 1949 !
Nous reproduisons ci-après une traduction légèrement adaptée d’un article publié dans Workers Vanguard (17 et 31 mai 2002), journal de nos camarades américains.
Reproduit du Bolchévik n° 160 (été 2002) et n° 161 (automne 2002).
En mars dernier, le cœur industriel de la Chine a connu les plus importantes manifestations ouvrières depuis 1989. Il y a treize ans, la classe ouvrière, mécontente de l'inflation et de la corruption généralisées qu’apportaient les « réformes de marché » du régime du Parti communiste chinois (PCC), avait fait massivement irruption dans les manifestations initialement étudiantes centrées sur la place Tiananmen ; elle mettait ainsi à l'ordre du jour la possibilité d'une révolution politique pour balayer la bureaucratie stalinienne. Ces dernières années, des millions d'ouvriers ont été jetés dans la lutte quand les industries étatisées qui forment le cœur des fondations collectivisées de l'Etat ouvrier déformé chinois se sont retrouvées dans le collimateur des « réformes de marché ». Ces luttes, qui s'étendent aux « zones économiques spéciales » (ZES) capitalistes et aux régions paysannes de l'intérieur du pays, sont amenées à s'intensifier au fur et à mesure que l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ouvre la porte à une pénétration impérialiste plus profonde, menaçant par là même les conditions d'existence de millions d'ouvriers et de paysans.
La vague actuelle de manifestations de masse représente une résistance spontanée de la classe ouvrière chinoise aux conséquences funestes de la course accélérée vers la restauration capitaliste, au nom des « réformes de marché ». Ce qui est en jeu, c'est la défense des acquis sociaux de la Révolution chinoise de 1949, qui a renversé la bourgeoisie chinoise, libéré le pays du joug impérialiste et établi un Etat ouvrier basé sur une économie planifiée et collectivisée.
Des manifestations ont éclaté le 1er mars dans les champs pétrolifères de Daqing, dans la province du Heilongjiang, dans le nord-est du pays. Pendant plus de deux semaines, les ouvriers organisaient tous les jours des manifestations contre les coupes sombres dans les retraites, les soins médicaux et les subventions pour le fioul domestique. Quand ces champs pétrolifères ont été mis en exploitation, au début des années 1960, les ouvriers de Daqing étaient considérés comme des héros de la campagne d'industrialisation de la Chine. Les ouvriers qui travaillaient dans ce genre d'industries d'Etat bénéficiaient du « bol de riz en fer », la garantie du logement, de l'éducation, des soins médicaux et des retraites. Mais avec le quasi-épuisement des gisements, plus de 80 000 ouvriers ont été licenciés au cours des trois dernières années. Quand les autorités ont exigé que les ouvriers restituent la plus grande partie de leurs indemnités de licenciement pour payer une prime d'assurance destinée à financer les soins médicaux et les retraites, cela a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ; les manifestations se sont rapidement étendues à des champs pétrolifères éloignés, comme ceux de la province du Xinjiang, à la frontière de l'Asie centrale.
« Les cadres touchent des avantages substantiels, et nous, rien », expliquait un ouvrier. Les autorités ont tenté de discréditer les ouvriers en prétendant que les manifestations avaient été infiltrées par les réactionnaires du mouvement Falun Gong. Finalement, la police anti-émeute et des unités de la Police populaire armée – une force mise sur pied au milieu des années 1980 pour réprimer l'agitation sociale croissante – ont été mobilisées depuis les villes environnantes pour mater les manifestations.
Un rapport officiel publié par Pékin le 29 avril, et intitulé « Travail et sécurité sociale en Chine », déclare qu'entre 1998 et 2001, plus de 25 millions d'ouvriers ont été licenciés par les entreprises d'Etat (la Banque mondiale avance le chiffre de 36 millions). Ces licenciements sont le résultat des mesures prises par le régime pour « réformer », fermer ou privatiser les usines jugées « inefficaces » selon les standards du marché capitaliste mondial. Dans un article sur les manifestations de Daqing, le Far Eastern Economic Review (4 avril) écrit que « depuis 1998, les licenciements ont provoqué des dizaines de milliers de conflits similaires, mais plus petits. Terrifié à l'idée que ces conflits puissent se transformer en un mouvement à l'échelle du pays, le gouvernement s'est employé à réprimer la dissidence et à empêcher les groupes protestataires des différentes villes et provinces d'établir des liens entre eux. »
Ce qu’il y a derrière les craintes du régime, on a pu le voir dans la ville de Liaoyang, où les manifestations ont coïncidé avec celles de Daqing, plusieurs centaines de kilomètres plus au nord. Des ouvriers de l'usine métallurgique des Ferro-alliages de Liaoyang, qui avait fermé ses portes, organisaient chaque jour des manifestations pour exiger le paiement des retraites et des arriérés de salaire qui leur étaient dus. Ils exigeaient aussi l'arrestation des dirigeants de l'usine, qui avaient vendu l'équipement de l'usine et empoché l'argent. Comme dans la plupart des manifestations récentes, ceux qui défilaient à Liaoyang étaient principalement des ouvriers licenciés et des retraités. Mais les rangs des manifestants ont grossi ; ils ont été rejoints par 30 000 ouvriers venus de 20 usines de la région. Un ouvrier de l'Usine chimique de Liaoyang expliquait que « cette action n'est pas organisée ; beaucoup d'ouvriers d'autres usines nous ont rejoints uniquement parce qu'ils ont les mêmes problèmes que l'usine de Ferro-alliages ».
La police, craignant de ne plus pouvoir contenir les manifestations, a arrêté quatre dirigeants ouvriers et, le 20 mars, elle a évacué plusieurs centaines de manifestants de l'enceinte de l'hôtel de ville, où ils s'étaient rassemblés pour remettre une pétition. Selon les témoins, des responsables essayaient également de désamorcer la situation en versant aux ouvriers la moitié de leurs arriérés de salaires et en annonçant qu'ils paieraient bientôt une partie des allocations chômage et des retraites. Mais les ouvriers disent qu'il ne s'agit là que d'une petite partie de ce qui leur est dû.
Les manifestations ont atteint la capitale le 27 mars, quand environ 200 retraités de l'automobile ont organisé une manifestation spectaculaire devant les Ateliers d'automobiles et de motocyclettes de Pékin, bloquant pendant plusieurs heures la circulation sur une des principales artères de la capitale. Ces retraités exigeaient que leur soient versés des arriérés de retraites, et protestaient contre le vol de la propriété de l'Etat par les cadres des entreprises. Des actions similaires se sont multipliées dans toute la Chine. En avril, les mineurs de charbon de la province de Liaoning ont bloqué à plusieurs reprises des lignes de chemin de fer pour protester contre des licenciements. Dans le sud-ouest de la Chine, un millier de métallos retraités, dont une majorité de femmes, ont bloqué deux autoroutes devant l'Usine sidérurgique de Guiyang, une entreprise d'Etat, pour protester contre le montant dérisoire de leurs retraites. Et début mai, les manifestations de protestation reprenaient à Liaoyang pour exiger la libération des quatre dirigeants ouvriers emprisonnés ; des affiches ont fait leur apparition dans des foyers pour travailleurs de Liaoyang, réclamant des enquêtes sur des cadres corrompus de l'usine.
Défense de la Chine contre la contre-révolution capitaliste !
La Révolution de 1949, malgré de profondes déformations bureaucratiques, a été une révolution sociale d'importance historique mondiale. Des centaines de millions de paysans se soulevèrent et prirent possession de la terre sur laquelle leurs ancêtres subissaient depuis des temps immémoriaux une exploitation cruelle. Le pouvoir des seigneurs de la guerre sanguinaires, des usuriers, des propriétaires terriens rapaces et de la bourgeoisie chinoise mesquine fut détruit. La révolution permit aux femmes des avancées gigantesques par rapport à leur misérable statut antérieur, symbolisé par la pratique barbare du bandage des pieds. Une nation qui avait été depuis un siècle ravagée et divisée par les puissances étrangères était unifiée et libérée du joug impérialiste.
Dans les années 1950, la République populaire de Chine instaura une économie socialisée et centralement planifiée – sur le modèle de l'Union soviétique et avec l'aide de celle-ci –, et l'agriculture fut collectivisée. L'économie socialisée était protégée par un monopole d'Etat du commerce extérieur, pour éviter qu’elle soit sapée par les importations bon marché depuis des pays capitalistes-impérialistes bien plus développés. En particulier pour les femmes, obtenir un emploi dans l'industrie d'Etat représentait un progrès tellement immense par rapport au mode de vie ancien que les familles organisaient souvent de grandes fêtes pour célébrer l'embauche d'un de leurs membres.
Cependant, la Révolution de 1949 était déformée dès l'origine, sous la férule du régime du PCC de Mao Zedong, qui représentait une caste bureaucratique nationaliste au sommet de l'économie collectivisée. Le régime de Mao, modelé sur la bureaucratie stalinienne en URSS, prêchait l'idée profondément antimarxiste que le socialisme – une société sans classes et égalitaire, basée sur l'abondance matérielle – pourrait être construit dans un seul pays. En pratique, le « socialisme dans un seul pays » signifiait l'opposition à la perspective de la révolution ouvrière dans le reste du monde et une politique de conciliation vis-à-vis de l'impérialisme mondial.
Le rôle fondamental de la bureaucratie de Pékin est de servir de courroie de transmission des pressions sur l’Etat ouvrier qu’exerce le marché mondial dominé par l'impérialisme. Le caractère fragile et contradictoire de cette caste bureaucratique se manifeste dans le fait que, face à l'agitation ouvrière, le régime actuel fait souvent marche arrière sur certaines de ses « réformes » économiques, et juge occasionnellement certains des siens pour corruption, quelquefois avec une exécution à la clé.
La récente vague de manifestations a inquiété non seulement le régime de Pékin mais aussi les cercles dirigeants américains, qui caressent l'espoir d'une restauration du capitalisme à froid, « par en haut ». C'est ainsi qu'on pouvait lire ce qui suit dans un article publié dans l'influent magazine américain Business Week (8 avril), et intitulé « Les ouvriers de la Chine en colère » : « Le temps ne joue pas en faveur de Pékin. Le gouvernement ne peut pas se permettre de verser ad vitam aeternam des aides sociales aux chômeurs et aux ouvriers mécontents des industries obsolètes. Beaucoup de ceux-là ont la quarantaine et n'ont aucun espoir de trouver un nouvel emploi dans leur province. Et le cycle de fermetures d'usines et de licenciements ne va faire que s'accélérer maintenant que la Chine est membre de l'Organisation mondiale du commerce et que son secteur industriel décrépit est directement confronté à la concurrence étrangère. » L'article déplore qu'alors même que le tourisme, les télécommunications et d'autres secteurs de l'économie sont ouverts aux investissements étrangers, « les manifestations forcent Pékin à ralentir la restructuration industrielle » pour tenter de préserver la stabilité sociale.
A sa manière, Business Week reconnaît certaines vérités fondamentales sur ce qu'est aujourd'hui la République populaire de Chine. Premièrement, la campagne pour restaurer le capitalisme rencontre une forte résistance de la classe ouvrière. Deuxièmement, la peur de l'agitation sociale freine les tendances restaurationnistes au sein de la bureaucratie au pouvoir.
L'impérialisme américain est déterminé à détruire la Révolution de 1949 d'une manière ou d'une autre et à réduire à nouveau la Chine à un statut d'asservissement semi-colonial. A cette fin, la classe dirigeante américaine combine l'exploitation des ouvertures économiques offertes par Pékin et l'accroissement de la pression militaire. Le Pentagone a récemment augmenté son aide militaire à Taïwan, un Etat capitaliste maintenu depuis plus d'un demi-siècle comme bastion anticommuniste. Les Etats-Unis, en résultat de leur guerre contre l'Afghanistan, ont accru leur présence militaire dans les territoires asiatiques entourant la Chine, au nom de la « guerre planétaire contre le terrorisme ». Ceci s'ajoute à plus de 80 000 soldats stationnés en Corée du Sud et au Japon, qui constituent une épée de Damoclès visant les Etats ouvriers déformés chinois, nord-coréen et vietnamien. Bush met en œuvre son projet de système de « défense antimissiles » pour faciliter une première frappe nucléaire contre la Chine, qui possède un arsenal limité mais efficace d'armes nucléaires à longue portée. La provocation de l'avion-espion américain qui s'est déroulée l'année dernière est emblématique du bellicisme américain envers la Chine, et elle a provoqué dans la population chinoise une vague de colère contre l'impérialisme US.
La Ligue communiste internationale se prononce pour la défense militaire inconditionnelle de l'Etat ouvrier déformé chinois contre l'impérialisme et la contre-révolution capitaliste. C'est au prolétariat chinois qu'il incombe de balayer la bureaucratie stalinienne, qui a gravement sapé le système de propriété nationalisée hérité de la Révolution de 1949. Comme nous l'écrivions dans un article intitulé « Révolte des mineurs chinois contre les "réformes de marché" » (le Bolchévik n° 153, été 2000), écrit après la révolte de 20 000 mineurs et de leurs familles dans le nord-est de la Chine :
« La bureaucratie qui pave la voie à la contre-révolution capitaliste prépare simultanément le terrain à une nouvelle explosion révolutionnaire prolétarienne – non pas une révolution sociale qui renverserait les bases économiques de la société, comme en 1949, mais une révolution politique pour chasser l'oligarchie dirigeante parasite et placer le pouvoir politique entre les mains de conseils (soviets) d'ouvriers, de paysans et de soldats. La tâche urgente à laquelle le prolétariat est confronté est de construire un parti léniniste-trotskyste, partie intégrante d'une Quatrième Internationale trotskyste reforgée, pour préparer et diriger cette révolution politique à la tête des masses et canaliser les luttes ouvrières spontanées et localisées vers la prise du pouvoir politique. »
Bolchévisme contre stalinisme
Dans un article perspicace publié dans la revue Nation (4 mars), Jiang Xueqin, qui a passé plusieurs mois à parcourir la Chine, écrit que « contrairement à l'idée répandue en Occident que les Chinois ordinaires profitent du marché libre, les Chinois estiment que leur gouvernement et l'élite de la nation complotent pour les vendre pour une bouchée de pain aux impérialistes, c'est-à-dire aux Américains. La frustration engendrée par la politique économique du gouvernement est maintenant inextricablement mêlée à un sentiment anti-occidental qui se développe rapidement. » Jiang note également que feu Mao Zedong est une figure « de plus en plus populaire ». De fait, les manifestants qui défilaient en avril à Liaoyang brandissaient des portraits de Mao, comme l'avaient fait les ouvriers sur la place Tiananmen en 1989.
L'époque de Mao peut assurément apparaître comme égalitaire comparée à aujourd'hui, où des cadres dirigeants dépensent l'équivalent du revenu annuel d'un ouvrier retraité pour un banquet avec des businessmen de Hongkong ou d'Amérique. La Révolution de 1949 est un souvenir vivant pour les familles chinoises, qui ont presque toutes des parents ou des grands-parents ayant connu la meurtrière occupation japonaise et la guerre civile contre le régime haï du Guomindang de Chiang Kai-shek (Tchang-Kaï-chek), qui était soutenu par l'impérialisme américain.
Mais il est vital de comprendre le caractère antiprolétarien du régime du PCC de Mao. La Révolution chinoise était fondamentalement différente de la révolution d'Octobre 1917 en Russie, qui avait été accomplie par un prolétariat conscient, sous la direction du Parti bolchévique de Lénine et Trotsky. La révolution d'Octobre avait instauré un gouvernement basé sur la démocratie prolétarienne – le pouvoir des soviets (conseils) d'ouvriers, de paysans et de soldats. Les bolchéviks voyaient la révolution dans la Russie arriérée comme le premier pas d'une révolution socialiste mondiale, particulièrement dans les pays capitalistes avancés.
Cependant, la défaite en 1923 de la Révolution allemande tant attendue démoralisa la classe ouvrière soviétique, qui avait été décimée par la destruction de l'industrie et de l'infrastructure qu’avaient provoquée la Première Guerre mondiale et la guerre civile sanglante de 1918-1920. Avec la fin de la guerre civile, les tendances bureaucratiques dans le parti et l'administration d'Etat commencèrent à se cristalliser dans une couche bureaucratique. En 1923, Lénine était de plus en plus diminué physiquement. La bureaucratie du parti en plein développement, contrôlée par J.V. Staline, commençait à prendre conscience d’elle-même. A l'automne de cette année, une Opposition de gauche hétéroclite, dirigée par Léon Trotsky, ouvrit les hostilités contre la montée du bureaucratisme et réclama un programme d'industrialisation planifiée. Le débat qui s'ensuivit dans la presse du parti fut bientôt étouffé. La Conférence du Parti convoquée pour janvier 1924 fut tellement truquée qu'il ne fut accordé à l'Opposition que trois délégués alors même qu'elle avait remporté 25 à 30 % des voix dans les organisations du parti de Moscou et de Pétrograd.
Même si cela n'apparut de façon claire que rétrospectivement, cette conférence marqua le début du Thermidor soviétique, le point décisif où la caste bureaucratique confisqua le pouvoir politique à la classe ouvrière soviétique (voir « Bilan critique – Trotsky et l'Opposition de gauche russe », Spartacist édition française n° 34, automne 2001). A partir de ce moment, ceux qui dirigeaient l'URSS, la manière dont l'URSS était dirigée, et les objectifs en vue desquels elle était dirigée, tout cela changea. La vision nationaliste de la bureaucratie trouva son expression dans la proclamation par Staline à l’automne 1924 de la « théorie » antimarxiste du « socialisme dans un seul pays ».
Contrairement à la Révolution bolchévique de 1917, la Révolution de 1949 en Chine fut le résultat d'une guerre de guérilla victorieuse dirigée par le PCC et l'Armée populaire de libération (APL), qui exclut dès le début le prolétariat du pouvoir politique. A la différence de la bourgeoisie russe, qui avait été de facto détruite en tant que classe possédante, la bourgeoisie chinoise a réussi à survivre en tant que classe cohérente en s'installant à Taïwan, à Hongkong et d'autres endroits dans la zone du Pacifique sous la protection de l'impérialisme américain et britannique. La Révolution chinoise n'en fut pas moins une énorme défaite pour les impérialistes, défaite confirmée par l'intervention de l'APL dans la guerre de Corée en 1950-1953, qui empêcha que la Corée du Nord soit submergée par les impérialistes américains et leur régime fantoche de la Corée du Sud.
La banqueroute du maoïsme
Marqué par un volontarisme et un aventurisme économique extrêmes, le pouvoir maoïste chercha à transformer le pays pauvre qu'était la Chine en une puissance mondiale « socialiste » au moyen de l'autarcie économique dans le cadre d'une économie bureaucratiquement centralisée. Dans cette perspective nationaliste étaient contenus les germes de la mise en œuvre des « réformes de marché » par la bureaucratie sous le règne de Deng Xiaoping, qui, lui aussi, cherchait à hisser la Chine au statut de « grande puissance ». Aujourd'hui, le noyau central de la bureaucratie ne garde aucun attachement subjectif à l'ordre socialiste ; elle préserve la propriété collectivisée uniquement dans la mesure où elle craint le prolétariat.
L'époque de Mao était loin d'être égalitaire et socialiste. Le « grand bond en avant » fut une tentative d'industrialisation à marche forcée en utilisant le travail des seules masses paysannes. Un épisode caractéristique fut la construction de milliers de petits « hauts fourneaux des cours de ferme » dans les villages. Cette aventure économique se termina par un effondrement économique total, et conduisit à une famine dévastatrice. La « grande révolution culturelle prolétarienne » de Mao en 1966-1976 – une lutte de factions convulsive au sein de la bureaucratie, lancée par Mao pour regagner l'autorité qu'il avait perdue après le fiasco du « grand bond en avant » – désorganisa l'économie et mit l'éducation au point mort. Le caractère antiprolétarien de la « révolution culturelle » se manifesta notamment par le recours aux « gardes rouges » pour briser une grève générale menée par les cheminots à Shanghaï en 1967. Confrontée aux ravages provoqués par les « dix années perdues », la bureaucratie, deux ans après la mort de Mao en 1976, se tourna vers Deng Xiaoping, qui engagea les « réformes de marché » au nom de la modernisation du pays.
Bien que Mao et Deng soient souvent présentés comme radicalement opposés, ils sont en fait les deux faces de la même médaille, comme on l'a vu avec l'alliance antisoviétique de la Chine avec l'impérialisme US. Après plusieurs années d'affrontements nationalistes entre les bureaucraties de Moscou et de Pékin, Mao déclara à la fin des années 1960 que le « social-impérialisme soviétique » représentait un danger encore plus grand que les Etats-Unis. En 1972, Mao accueillait en grande pompe le président américain Richard Nixon à Pékin, au moment même où les avions américains bombardaient le Vietnam. Renforçant cette alliance, le régime de Deng travailla en tandem avec la CIA pour aider les tueurs moudjahidins afghans qui combattaient contre la présence de l'armée soviétique en Afghanistan dans les années 1980 (voir « China and the US "War on Terror" » [« La Chine et la "guerre contre le terrorisme" américaine », Workers Vanguard n° 776, 8 mars]). L'alliance antisoviétique de la Chine avec les Etats-Unis apporta une contribution cruciale aux efforts de l'impérialisme pour détruire l'Etat ouvrier dégénéré soviétique, qui constituait le contre-poids militaire à l'impérialisme US. Cette alliance antisoviétique a aussi jeté les bases de la pénétration économique impérialiste dans l'Etat ouvrier déformé chinois.
Actuellement, le régime de Pékin prêche que la Chine doit devenir une puissance forte et moderne à travers une plus grande intégration dans le marché mondial capitaliste. Ce rêve nationaliste vise à tromper les masses qui se détournent de plus en plus de la bureaucratie. Il sert aussi à tisser des liens commerciaux et en fin de compte politiques et sociaux avec la bourgeoisie chinoise expatriée. Depuis le début des « réformes de marché », le régime de Deng a fait appel avec insistance aux capitalistes chinois. Les ZES ont été établies initialement près de Hongkong et de Macao et le long de la côte en face de Taïwan, dans le but d'encourager les investissements des capitalistes chinois expatriés, qui conservent des liens linguistiques et familiaux avec ces régions. Après 1979, la bourgeoisie expatriée représentait 80 % des investissements étrangers en Chine continentale, et elle en représente aujourd'hui plus de la moitié. Les liens de la classe capitaliste chinoise expatriée avec le continent constituent un canal utile pour les investissements occidentaux et japonais en Chine.
La plus grande partie des investissements du capital chinois a été réalisée en partenariat avec les « princes héritiers », les fils et les filles des grosses légumes du gouvernement de Pékin et des hauts responsables du PCC. Jasper Becker, dans son livre The Chinese (Free Press [2000]), décrit ainsi la couche des jeunes Chinois privilégiés qui ont étudié à l'étranger :
« Ils sont passés par les mêmes universités américaines que les enfants des capitalistes et des responsables du KMT [Guomindang] qui ont fui à Hongkong ou à Taïwan en 1949, et ils partagent maintenant le même mode de vie et les mêmes aspirations. Beaucoup soit possèdent leurs propres entreprises, soit sont associés dans des joint-ventures avec ces capitalistes chinois expatriés. Ils voyagent à l'étranger, ont souvent une grande partie de leur fortune mise à l'abri à l'étranger, ou possèdent un passeport étranger. On peut se demander ce qu'ils feront de leur fortune et de leur pouvoir quand les anciennes générations quitteront la scène, mais il est possible qu'ils puissent conduire la Chine dans la direction politique qu'ont inaugurée Taïwan et Hongkong. »
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/Chine160-161.HTM
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The Crew ; emplacement des 20 voitures pour la voiture cachée COTE EST

Fondé en 1896, l'Automobile Club de Nice et Côte d'Azur est le second à avoir été créé en France. Une passion continue depuis plus d'un siècle, qui lui a per... Documentaire sur la formation professionnelle initiale. ... Employé-e de commerce "branche automobile" Autoberufe / Metiersauto. ... Gestionnaire du commerce de détail - Zoom sur les métiers ... Salut les gens, me re voila pour une nouvel vidéo sur la voiture cachée mais cette fois si dans le region COTE EST sur la zone de New York . Je vous montre l'endroit exacte des 20 voitures qui ... Sur le littoral Est, entre l'Océan Indien et le grand canal de Pangalane et passage sur l'île Sainte Marie. Pirogues, pêcheurs, jeux d'eau et de lumière La dernière génération de technologie réseau mobile, la 5G, sera commercialisée en France en 2020. Annoncée comme au moins dix fois plus rapide que la 4G et ...

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